Comment mon smartphone communique-t-il sur Internet ?
Adressage IPv4 et subnetting de A à Z : qu'est-ce qu'une adresse IP, le binaire, les classes, le masque, le subnetting et le VLSM, puis DHCP, NAT et IPv6 — en suivant le parcours d'un seul smartphone. Cours illustré, dix simulateurs interactifs, exercices corrigés, TP et QCM.
Expliquer la structure d'une adresse IPv4 et la convertir en binaire.
Distinguer une adresse publique d'une adresse privée, identifier sa classe.
Lire un masque : partie réseau, partie hôte, notation CIDR.
Calculer le nombre d'hôtes, l'adresse réseau et l'adresse de diffusion.
Réaliser un subnetting pour diviser un réseau selon un besoin.
Expliquer comment un smartphone obtient son adresse (DHCP) et sort sur Internet (NAT), et pourquoi IPv6 arrive.
Rappel de la séance précédente. La couche Réseau livre les paquets selon l'adresse IP de destination ; le routeur choisit le prochain saut. Aujourd'hui : comment ces adresses sont construites et découpées.
R
Rappel : l'essentiel des réseauxcouches, IP, routeur, MAC vs IP
1
L'adresse IP et le besoin de subnettingqu'est-ce qu'une adresse IP, ressource finie, domaine de diffusion
2
Lire une adresse en binaire4 octets, 32 bits, conversions
3
Classes, privées et publiquesA, B, C, D, E ; RFC 1918 ; opérateurs marocains
4
Le masque de sous-réseauréseau / hôte, CIDR, 2ⁿ − 2, bornes
5
Le subnettingemprunter des bits, calculer les sous-réseaux, VLSM
6
Du LAN à InternetDHCP, catégories d'adresses, NAT/PAT, IPv6
7
Exercices, TP et QCMexercices corrigés, TP smartphone et poste, 20 questions
À retenirUne adresse IPv4 = 32 bits = partie réseau + partie hôte ; c'est le masque qui dit où passe la frontière.
Ce qu'il faut avoir en tête des séances précédentes pour comprendre l'adressage IP.
Rappel · L'essentiel des réseaux
La pile des couches et l'encapsulation
Encapsulation à l'émission, désencapsulation à la réception : chaque couche ajoute son en-tête ; les équipements intermédiaires ne lisent que les couches basses.Le modèle OSI et les protocoles de chaque couche : IP est le protocole de la couche 3.
La couche Transport est l'expéditeur : il écrit l'adresse mais ignore la route. La couche Réseau est la poste : elle livre selon l'adresse, sans ouvrir l'enveloppe.Chaque routeur connaît des blocs d'adresses (« 1.x.x.x → vers R4 ») et transmet au prochain saut : il raisonne par réseau, jamais par adresse individuelle.L'hôte décide en premier : destination locale → envoi direct (ARP) ; sinon → trame vers la MAC de la passerelle par défaut.
Deux missions de la couche 3 : insérer les adresses IP source et destination, puis livrer selon la destination.
Les routeurs raisonnent par blocs d'adresses : c'est pourquoi une adresse a une partie réseau et une partie hôte.
Le routage commence sur l'hôte : la destination est-elle dans mon réseau ? Pour répondre, il lui faut… le masque.
À retenirLes routeurs ne connaissent pas les machines, ils connaissent des réseaux : d'où la structure réseau + hôte d'une adresse IP.
Comment mon smartphone communique-t-il sur Internet ?
Je me connecte au Wi-Fi de l'université et j'ouvre Google : la requête part de mon téléphone et la réponse revient exactement à lui. Comment ?
Cinq questions pour tout le chapitre
Comment identifier mon smartphone parmi des milliards d'appareils ?
Pourquoi mon téléphone a-t-il besoin d'une adresse IP ?
Qui attribue cette adresse, et quand ?
Comment les données arrivent-elles à destination… et comment reviennent-elles ?
Pourquoi a-t-on besoin de routeurs et de sous-réseaux ?
Nous ne répondrons pas tout de suite. Chaque chapitre répond à une de ces questions, et la dernière figure du support rejoue ce parcours complet, étape par étape.
À retenirTout le chapitre suit le trajet d'un seul smartphone : son adresse, son réseau, sa passerelle, Internet.
Ce qu'est une adresse IP, pourquoi elle est précieuse, et pourquoi un réseau se découpe en sous-réseaux.
Chapitre 1 · Les bases
Qu'est-ce qu'une adresse IP ?
Définition simple. Une adresse IP (Internet Protocol) est le numéro unique qui identifie chaque appareil (ordinateur, téléphone, imprimante, serveur…) sur un réseau. Sans elle, un appareil ne peut ni envoyer ni recevoir de données.
Comme un numéro de téléphone
📱 06 12 34 56 78Amina appelle…
→
📱 06 98 76 54 32…Youssef, qui voit le numéro d'Amina.
💻 192.168.1.23mon PC envoie…
→
🖥 142.250.74.46…au serveur de google.com, qui me répond à mon adresse.
Un appel se fait de numéro à numéro ; une communication IP se fait d'adresse à adresse (source → destination).
Chaque téléphone a son numéro ; chaque appareil connecté a son adresse IP.
On compose le numéro sans savoir où se trouve la personne : de même, on envoie à l'adresse IP sans connaître le chemin.
Chez vous : chaque appareil (PC, portable, téléphone, imprimante, console) a sa propre adresse 192.168.0.x, et la box a en plus une adresse publique côté Internet.Sur un poste Windows, la commande ipconfig affiche les trois informations IP essentielles : adresse, masque, passerelle. Un ping vers 8.8.8.8 (DNS Google) prouve que l'on joint Internet.
À retenirUne adresse IP, c'est le numéro de téléphone d'un appareil sur le réseau : unique, et indispensable pour envoyer et recevoir.
192.168.1.45 : quatre nombres de 0 à 255 séparés par des points ; pour la machine, ce sont 32 bits (4 octets de 8 bits).La structure : octet1.octet2.octet3.octet4.
Le format
Quatre nombres de 0 à 255, séparés par des points : c'est la notation décimale pointée, faite pour les humains.
Pour les équipements, c'est un nombre de 32 bits : 2³² = 4 294 967 296 adresses possibles, pas une de plus.
Ces adresses ont toutes été attribuées (épuisement officiel en avril 2017) : IPv4 est une ressource finie, à utiliser avec soin, comme les terres de la planète.
Adresse
Où la rencontre-t-on ?
192.168.1.1
la box ou le routeur de la maison
192.168.1.23
votre PC sur le réseau local
8.8.8.8
le serveur DNS public de Google
105.130.5.22
un abonné Maroc Telecom sur Internet
127.0.0.1
« moi-même » (loopback)
256.1.1.1 ou 192.168.1 ne sont pas des adresses valides : chaque nombre va de 0 à 255, et il en faut quatre.
À retenirIPv4 = 4 nombres de 0 à 255 = 32 bits = 4,3 milliards d'adresses, toutes déjà attribuées.
Dans le réseau A, tous les hôtes entendent la diffusion de PC1 ; le routeur l'arrête : PC4 (réseau B) ne l'entend pas (animation).Un seul réseau IP planétaire : chaque diffusion atteindrait toute la Terre (animation).
Trois règles
Un sous-réseau = un domaine de diffusion = un VLAN.
Deux adresses du même sous-réseau communiquent directement (Ethernet, ARP).
Deux adresses de sous-réseaux différents passent par un ou plusieurs routeurs.
Pourquoi plusieurs réseaux ?
Un réseau unique saturerait de diffusions, comme un stade où tout le monde parle en même temps. En pratique, un domaine de diffusion reste limité à quelques centaines de mètres et à moins de 255 hôtes.
À retenirUn réseau IP est un domaine de diffusion : les routeurs arrêtent les broadcasts et relient les réseaux entre eux.
Réseau domestique : adresses privées 192.168.0.x à l'intérieur, une seule adresse publique 82.10.250.19 côté opérateur, traduite par le NAT du routeur.
Classe
Plage privée (RFC 1918)
A
10.0.0.0 → 10.255.255.255
B
172.16.0.0 → 172.31.255.255
C
192.168.0.0 → 192.168.255.255
Privées : utilisées dans les LAN, jamais routées sur Internet ; elles sortent par un routeur NAT. Publiques : attribuées par les FAI, uniques sur Internet.
Opérateur (Maroc)
Exemples de plages publiques
IAM (Maroc Telecom)
105.128.0.0/11
Orange Maroc
41.92.0.0/17, 197.230.31.0/26
Inwi
105.67.0.0/16
À retenirPrivée = dans le LAN, derrière un NAT ; publique = attribuée par le FAI, unique sur Internet.
Un hôte ne connaît que les appareils de son sous-réseau (grâce au masque).
Pour tout le reste, il envoie à la passerelle par défaut : l'adresse IP de son routeur, dans son propre sous-réseau (souvent .1 ou .254).
Le routeur prend le relais et achemine vers Internet ou vers les autres réseaux.
Fonctionnement : 1. l'hôte veut envoyer ; 2. il compare destination et son réseau (IP + masque) ; 3. locale → envoi direct ; 4. distante → envoi à la passerelle ; 5. le routeur achemine.
Le NAT : une adresse publique pour tous
Les adresses privées ne sont pas routées sur Internet.
Le routeur NAT remplace l'adresse privée source par son adresse publique à la sortie, et fait l'inverse au retour.
Des millions de LAN réutilisent 192.168.1.0/24 sans conflit : c'est ce qui a prolongé la vie d'IPv4.
Vérifiez-le sur votre smartphone : l'adresse des paramètres Wi-Fi (192.168…) n'est pas celle qu'affiche whatismyip.com. Le mécanisme complet (DHCP, table NAT, CGNAT) est détaillé au chapitre 6.
À retenirPasserelle = porte de sortie du sous-réseau ; NAT = une adresse publique partagée par tout le LAN.
Les équipements voient 32 bits ; nous écrivons quatre nombres décimaux. Savoir passer de l'un à l'autre.
Chapitre 2 · Le binaire
Quatre octets, 32 bits
192.168.1.45 : quatre octets de 8 bits, écrits en décimal pointé pour nous, en binaire pour les machines.La structure : octet1.octet2.octet3.octet4, chaque octet de 0 à 255.192.168.10.25 avec un masque /24 : 24 bits de réseau, 8 bits d'hôte.
Deux systèmes de numération
Décimal (base 10) : dix chiffres, 0 à 9, pour les humains.
Binaire (base 2) : deux chiffres, 0 (éteint) et 1 (allumé), pour les routeurs, switchs et ordinateurs.
Un octet = 8 bits = une valeur de 0 à 255. Une adresse IPv4 = 4 octets = 32 bits. 192.168.1.45 = 11000000.10101000.00000001.00101101
À retenirUne adresse IPv4 est un nombre binaire de 32 bits, découpé en quatre octets écrits en décimal pointé.
Réseau 192.168.1.0, hôte n° 45. Adresse privée de classe C : typique d'un réseau domestique.
Exemple 2 · 10.20.30.40 /8
00001010.00010100.00011110.00101000
Réseau 10.0.0.0, hôte 20.30.40 : un seul grand réseau privé de 16 millions d'adresses, comme dans une grande entreprise ou un opérateur mobile.
Exemple 3 · 172.16.5.100 /20
10101100.00010000.00000101.01100100
Le masque coupe au milieu du 3ᵉ octet : réseau 172.16.0.0/20 (de 172.16.0.0 à 172.16.15.255), 4 094 hôtes. C'est ici que le binaire devient indispensable.
Exemple 4 · 203.0.113.23 /30
11001011.00000000.01110001.00010111
Réseau 203.0.113.20, diffusion .23 : cette adresse est la diffusion, donc inutilisable pour un hôte. Les hôtes sont .21 et .22 : une liaison entre deux routeurs.
À retenirDès que le masque ne tombe pas sur une frontière d'octet (/20, /26, /30…), on passe en binaire : les bits bleus sont le réseau, les ambre l'hôte.
Le découpage historique « classful » : utile pour comprendre, remplacé par CIDR dans la pratique.
Chapitre 3 · Classes
Les cinq classes d'adresses
Les cinq classes : premier octet, plage, masque par défaut, nombre d'hôtes et de réseaux.Classes A, B, C et leurs masques : 8, 16 ou 24 bits de réseau.
Classe
Premier octet
Masque
Usage
A
1 à 126
255.0.0.0 (/8)
très grands réseaux
B
128 à 191
255.255.0.0 (/16)
réseaux moyens
C
192 à 223
255.255.255.0 (/24)
petits réseaux
D
224 à 239
—
multicast
E
240 à 255
—
expérimental
Identifier la classe : 10.5.3.7 → 10 → A · 172.16.42.1 → 172 → B · 192.168.100.15 → 192 → C.
127.x.x.x est réservé au loopback. Unicast : un → un ; broadcast : un → tous ; multicast : un → un groupe.
À retenirLa classe se lit sur le premier octet : A (1-126, /8), B (128-191, /16), C (192-223, /24).
Masques par défaut : classe A 255.0.0.0, classe B 255.255.0.0, classe C 255.255.255.0.Classe A : les 255 du masque définissent le réseau (10.), les 0 l'hôte. 10.1.1.1 et 10.155.122.251 sont dans le même réseau 10.0.0.0/8 ; 11.1.1.1 est ailleurs.Classe B : réseau 144.1.0.0/16 ; 144.5.3.21 est un autre réseau.Classe C : réseau 192.168.1.0/24 ; 192.168.8.1 est un autre réseau.
Comment un hôte décide
Il compare l'adresse de destination à son propre réseau (adresse + masque).
Même réseau → ARP puis envoi direct.
Réseau différent → envoi à la passerelle par défaut.
Limite du classful. 50 magasins de 10 postes : avec des /24, il faut 50 réseaux de 256 adresses, soit 12 800 adresses pour 500 postes. D'où le subnetting et le CIDR (années 1990).
À retenirLes 255 du masque définissent la partie réseau, les 0 la partie hôte ; les tailles fixes des classes gaspillent des adresses.
Sans masque, un hôte ne sait pas si la destination est locale ou distante. Le masque sépare réseau et hôte.
Chapitre 4 · Le masque
Pourquoi a-t-on besoin du masque ?
Sans masque, PC1 (192.168.1.10) ne peut pas savoir si PC2 (192.168.2.150) est sur son réseau (envoi direct) ou non (envoi à la passerelle).Avec 255.255.255.0, PC1 sait que 192.168.1.0 à 192.168.1.255 sont son réseau : PC2 est ailleurs, il envoie à sa passerelle par défaut.
Le masque, c'est le code postal
L'adresse IP est l'adresse de la maison ; le masque dit quelle partie est la rue (réseau) et quelle partie le numéro (hôte).
Même code postal → livraison directe ; code postal différent → par la poste (le routeur).
La passerelle par défaut est la porte de sortie vers les autres réseaux.
À retenirLe masque permet à un hôte de décider : destination locale → envoi direct ; destination distante → passerelle par défaut.
192.168.1.10 / 255.255.255.0 en binaire : les 1 du masque couvrent la partie réseau, les 0 la partie hôte.Avec 8 bits d'hôte, de 00000000 à 11111111 : 256 adresses du même réseau.
Définition
Un nombre de 32 bits formé de 1 consécutifs puis de 0 : il n'existe donc que 32 masques possibles.
Méthode en quatre étapes : convertir en binaire, séparer réseau/hôte avec le masque, mettre les bits hôte à 0 (adresse réseau) puis à 1 (diffusion), reconvertir en décimal.
Deux méthodes équivalentes
Théorique : adresse réseau = adresse ET masque ; diffusion = adresse réseau OU masque inversé.
Pratique : en binaire, bits hôte à 0 → réseau ; bits hôte à 1 → diffusion ; entre les deux, les hôtes.
Exemple pas à pas · 172.16.5.100 /20 masque 255.255.240.0 → bloc 256 − 240 = 16 dans le 3ᵉ octet multiples de 16 : 0, 16, 32… → 5 est entre 0 et 16 → réseau 172.16.0.0, diffusion 172.16.15.255, hôtes 172.16.0.1 à 172.16.15.254 (4 094).
Exemple pas à pas · 10.1.1.200 /27 masque 255.255.255.224 → bloc 32 multiples de 32 : 0, 32, 64, 96, 128, 160, 192, 224 → 200 est entre 192 et 224 → réseau 10.1.1.192, diffusion 10.1.1.223, hôtes .193 à .222 (30).
À retenirLe même raisonnement (bloc = 256 − octet du masque) marche dans n'importe quel octet : 3ᵉ octet pour /17 à /23, 4ᵉ pour /25 à /30.
Emprunter des bits à la partie hôte pour créer plusieurs sous-réseaux plus petits, adaptés au besoin.
Chapitre 5 · Le subnetting
Le problème : un bloc, plusieurs bureaux
L'entreprise reçoit le bloc 37.1.1.0/24 : 256 adresses, de 37.1.1.0 à 37.1.1.255.Elle doit adresser quatre bureaux de 50 utilisateurs chacun, reliés par un routeur.Subnetting : diviser le bloc de 256 adresses en quatre sous-réseaux de 64 adresses, un par bureau.
Pourquoi diviser ?
Sécurité : isoler des groupes (employés, serveurs, invités).
Performance : réduire les domaines de diffusion.
Organisation : un plan d'adressage par site, par étage, par usage.
Économie : sans découpage, un seul bureau consommerait tout le bloc.
Analogie : diviser une grande ville en quartiers, chacun avec son code postal.
À retenirLe subnetting divise un réseau en sous-réseaux plus petits, un par domaine de diffusion, pour utiliser au mieux un espace limité.
On ne touche pas aux 24 bits réseau ; on convertit les bits de gauche de la partie hôte en bits de sous-réseau. Nouveau masque = bits réseau + bits de sous-réseau.
Les deux formules
Sous-réseaux = 2bits empruntés
Hôtes par sous-réseau = 2bits hôte restants − 2
Bits empruntés
Sous-réseaux
Nouveau masque (depuis /24)
Hôtes
1
2
/25 · 255.255.255.128
126
2
4
/26 · 255.255.255.192
62
3
8
/27 · 255.255.255.224
30
4
16
/28 · 255.255.255.240
14
Chaque bit emprunté double le nombre de sous-réseaux et divise par deux le nombre d'hôtes.
À retenirEmprunter x bits à la partie hôte crée 2ˣ sous-réseaux ; il reste 2ⁿ − 2 hôtes dans chacun.
Le bloc 200.1.1.0/24 découpé en sous-réseaux de tailles différentes : 32 adresses pour New York, 4 pour chaque liaison routeur, 16 pour chaque magasin ; 184 adresses restent disponibles.
Classless et VLSM
Avec le CIDR, la taille d'un réseau n'est plus imposée par sa classe : /26, /28, /30…
Le VLSM (masques de longueur variable) permet des sous-réseaux de tailles différentes dans le même bloc : grand pour un siège, /30 pour une liaison.
Règle : commencer par le sous-réseau le plus grand, puis attribuer les suivants à partir de l'adresse libre.
Vérifier ses calculs : l'outil en ligne tools.waytolearnx.com/ip-address-calculator donne réseau, diffusion, hôtes, classe et masque CIDR.
À retenirLe VLSM adapte la taille de chaque sous-réseau au besoin réel : c'est ce que font tous les réseaux aujourd'hui.
Avec 255.255.255.0, PC1 sait que son réseau va de 192.168.1.0 à 192.168.1.255 : PC2 (192.168.2.150) est ailleurs, le paquet part vers la passerelle par défaut.
La situation
En TP, PC1 est configuré en 192.168.1.10/24 et PC2 en 192.168.2.150/24 sur le même switch : le ping échoue. Un étudiant passe le masque de PC1 en 255.255.0.0 : le ping passe. Pourquoi ?
L'explication
PC1 192.168.1.10/24 et PC2 192.168.2.150/24 : avec un masque /24, les 24 premiers bits diffèrent (192.168.1 ≠ 192.168.2) → réseaux différents.
PC1 envoie donc à sa passerelle. Sans routeur, ou sans passerelle renseignée, le paquet n'a nulle part où aller : le ping échoue.
Avec 255.255.0.0, le réseau devient 192.168.0.0/16 : les deux PC y sont → ARP direct, le ping passe (mais PC2, resté en /24, répond vers sa passerelle : solution bancale).
La bonne solution : garder /24 des deux côtés et ajouter un routeur avec 192.168.1.1 et 192.168.2.1, déclarés comme passerelles par défaut. Vérifiez-le avec le simulateur 3.
À retenirMême masque des deux côtés, et une passerelle par défaut pour sortir du réseau : les deux conditions d'un ping qui passe.
Et si un bureau passe à 100 postes ? Il lui faut 128 adresses (/25) : le bloc /24 ne suffit plus pour quatre bureaux ; on demande un second bloc, ou on passe en adressage privé + NAT (192.168.x.0/24 par bureau).
À retenirLe subnetting répond au besoin exact ; quand le besoin dépasse le bloc, on change d'échelle : nouveau bloc public ou adressage privé derrière un NAT.
Qui attribue l'adresse, comment une adresse privée sort sur Internet, et pourquoi 32 bits ne suffisent plus.
Chapitre 6 · Du LAN à Internet
Qui attribue l'adresse ? Le DHCP
DORA : Discover, Offer, Request, Ack. Les quatre messages sont diffusés (255.255.255.255) tant que le client n'a pas d'adresse.
Deux façons d'obtenir une adresse
Statique
Dynamique (DHCP)
Qui décide ?
l'administrateur, à la main
le serveur DHCP (box, routeur, serveur)
Pour qui ?
serveurs, imprimantes, routeurs
postes, smartphones, objets connectés
Risque
erreur de saisie, doublon
bail expiré, serveur absent
Ce que le DHCP fournit
L'adresse IP et le masque (ou préfixe).
La passerelle par défaut et le ou les serveurs DNS.
Un bail (lease) : l'adresse est prêtée pour une durée, renouvelée à mi-bail.
Pas de réponse DHCP ? Windows et Android s'attribuent une adresse APIPA 169.254.x.x : le poste ne joint que ses voisins directs, jamais Internet. Voir 169.254 = « le DHCP n'a pas répondu ».
À retenirVotre smartphone reçoit adresse, masque, passerelle et DNS d'un serveur DHCP en quatre messages : Discover, Offer, Request, Ack.
adresse inconnue ; 0.0.0.0 = route par défaut, client sans adresse
10.0.0.0/8
privée A (RFC 1918)
réseaux internes, jamais sur Internet
100.64.0.0/10
CGNAT (RFC 6598)
adresses partagées des opérateurs (4G/5G, fibre)
127.0.0.0/8
loopback
127.0.0.1 = la machine elle-même
169.254.0.0/16
lien local (APIPA)
auto-attribuée sans DHCP
172.16.0.0/12
privée B (RFC 1918)
172.16.0.0 → 172.31.255.255
192.168.0.0/16
privée C (RFC 1918)
box, PME, labos
Plage
Nom
Signification
192.0.2.0/24, 198.51.100.0/24, 203.0.113.0/24
TEST-NET (RFC 5737)
réservées à la documentation et aux cours : jamais routées
224.0.0.0/4
multicast (classe D)
un émetteur → un groupe (224.0.0.1 = tous les hôtes du lien)
240.0.0.0/4
réservée (classe E)
expérimentale, inutilisable
255.255.255.255
diffusion limitée
tous les hôtes du réseau local (DHCP Discover)
x.x.x.255 en /24
diffusion dirigée
tous les hôtes d'un sous-réseau donné
le reste
publiques
attribuées par l'IANA → RIR (AFRINIC) → FAI → clients
Trois façons d'envoyer :unicast (1 → 1, le cas normal), broadcast (1 → tous, limité au sous-réseau), multicast (1 → un groupe abonné). Les routeurs ne relaient jamais le broadcast : c'est ce qui borne le domaine de diffusion.
À retenirUne adresse se juge d'abord par sa plage : privée, publique, loopback, lien local, documentation, multicast ou diffusion.
Comment une adresse privée sort sur Internet : NAT et PAT
Le routeur remplace l'adresse (et le port) source privés par son adresse publique et un port unique ; au retour, il consulte sa table et fait l'inverse.
Pourquoi ?
Les adresses privées ne sont jamais routées sur Internet : un serveur ne saurait pas répondre à 192.168.1.23 (des millions de LAN l'utilisent).
Le NAT (Network Address Translation) traduit privé ⇄ public au passage du routeur.
Le PAT (NAT avec surcharge) ajoute le port : des centaines d'appareils partagent une seule adresse publique. C'est le NAT de toutes les box.
Et le CGNAT ?
Faute d'adresses, les opérateurs mobiles et fibre font un second NAT chez eux : votre box reçoit une adresse 100.64.x.x et des milliers de clients partagent une même adresse publique. Conséquence : impossible d'héberger un serveur chez soi sans IPv6 ou adresse fixe.
Vérifiez-le : l'adresse affichée par ipconfig (192.168…) n'est pas celle vue par whatismyip.com (105.130…) : la première est privée, la seconde est celle du NAT.
À retenirNAT/PAT : une adresse publique partagée par tout le LAN grâce aux ports ; c'est ce qui a prolongé IPv4 de vingt ans, au prix d'Internet qui n'est plus de bout en bout.
La table NAT en direct : envoyez des paquets depuis le LAN
Simulateur
Le routeur a l'adresse publique 105.130.5.22. Choisissez un appareil du LAN et une destination, puis envoyez.
Envoyez un premier paquet.
Table NAT du routeur
Intérieur (privé)
Extérieur (public)
Destination
ObservezChaque connexion sortante crée une ligne ; sans ligne correspondante, un paquet venant d'Internet est jeté : le NAT est aussi un pare-feu par défaut.
ObservezDeux règles seulement : supprimer les zéros de tête de chaque groupe, puis remplacer une seule suite de groupes nuls (la plus longue) par « :: ».
Pour aller plus loin : même réseau, 8 sous-réseaux → /27, 30 hôtes ; liaison point à point → /30, 2 hôtes.
À retenirMéthode unique : bloc = 256 − dernier octet du masque ; le réseau est le multiple du bloc juste en dessous de l'adresse ; la diffusion est le bloc suivant − 1.
1. Ouvrez un terminal : ipconfig (Windows) ou ip a / ifconfig (Linux, macOS).
2. Relevez votre adresse IPv4, votre masque et votre passerelle par défaut.
3. Convertissez le masque en notation CIDR et calculez le bloc.
4. Déduisez l'adresse réseau, la diffusion et le nombre d'hôtes utilisables.
5. Votre adresse est-elle privée ? Trouvez votre adresse publique (ex. whatismyip.com) : c'est celle du NAT.
6. Vérifiez vos calculs avec le simulateur 3, puis avec l'outil en ligne IP Address Calculator.
Pour aller plus loin (Packet Tracer)
Créez deux PC et un switch ; donnez 192.168.2.5/24 et 192.168.2.10/24 : le ping réussit.
Changez le second en 192.168.3.10/24 : le ping échoue. Pourquoi ?
Ajoutez un routeur avec 192.168.2.1 et 192.168.3.1 comme passerelles : le ping réussit à nouveau.
Ce qu'on vérifie. Vous savez lire la configuration réelle d'un poste, la traduire en binaire/CIDR et prédire si deux machines communiquent directement.
À retenirUn ingénieur réseau lit IP + masque + passerelle en un coup d'œil et sait immédiatement qui est « chez lui » et qui ne l'est pas.
Paramètres → Wi-Fi → détails du réseau : relevez adresse IP, masque (ou longueur de préfixe), passerelle et DNS. Y a-t-il aussi une adresse IPv6 ?
Cette adresse est-elle privée ? Dans quelle classe historique ?
Ouvrez whatismyip.com : l'adresse affichée est celle du NAT. Comparez avec un camarade sur le même Wi-Fi : même adresse publique, adresses privées différentes.
Passez en 4G/5G : nouvelle adresse (souvent 10.x ou 100.64.x = CGNAT) et nouvelle adresse publique.
Sur le poste (15 min)
ipconfig /all (Windows) ou ip a (Linux) : adresse, masque, passerelle, serveur DHCP, bail.
ping 127.0.0.1 (ma pile IP), ping 192.168.1.1 (ma passerelle), ping 8.8.8.8 (Internet) : quel échec signifie quoi ?
tracert 8.8.8.8 : combien de routeurs ? Repérez le premier (la box), puis les adresses de l'opérateur.
ipconfig montre les trois informations IP essentielles ; un ping vers 8.8.8.8 prouve que l'on joint Internet à travers le NAT.
Un diagnostic en trois pings. 127.0.0.1 ne répond pas → pile IP ou carte en panne · la passerelle ne répond pas → câble, Wi-Fi, adresse ou masque faux · 8.8.8.8 ne répond pas mais la passerelle oui → problème côté box/opérateur (ou ICMP filtré).
À retenirTrois pings dans l'ordre (moi-même, passerelle, Internet) localisent une panne sans aucun outil supplémentaire.
À retenirTout le subnetting tient dans une phrase : le masque dit où s'arrête le réseau, et chaque bit emprunté double les sous-réseaux en divisant les hôtes par deux.
Polycopiés du cours : « L'adressage IP et le subnetting », « Adressage IPv4 », « Comprendre les adresses IP » ; RFC 791, 1918, 3927, 4632, 5737, 6598, 8200